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Illustration d'Olesea Caus

ISBN 9791095604037

18 € – 14 x 20,5 cm

204 pages

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Le royaume de Sasha Kozak


de Iulian Ciocan


Traduit du Roumain (Moldavie) par Florica Ciodaru-Courriol


Roman social déjanté


Sur les trottoirs sales de Chișinău, le monde ne tourne plus rond. Octavian Condurache n’arrive à rien. Ni à  écrire le roman de sa vie, ni à rendre heureuse la femme qu’il a épousée. Et la mère Frosea ? Elle aime tant les telenovelas qu’elle en oublierait presque que ce n’est pas ça la vie. Faut dire que les paysages sud-américains font autrement plus rêver que la grisaille des blocs soviétiques. Il y a aussi Oleg Olegovici Liulin ! Un veuf russe en ménage avec une Roumaine. Décidément au royaume de Sasha Kozak, on aura tout vu…
Sasha et sa bande règnent sur les rues de cette capitale sauvage, théâtre des altercations entre russophones et roumanophones. Tant bien que mal, ils traversent un quart de siècle alors que le pays, démembré, s’enfonce dans le chaos après son indépendance.

Illustration d'Olesea Caus

Le royaume de Sasha Kozak


de Iulian Ciocan


Traduit du Roumain (Moldavie) par Florica Ciodaru-Courriol


Roman social déjanté


Sur les trottoirs sales de Chișinău, le monde ne tourne plus rond. Octavian Condurache n’arrive à rien. Ni à  écrire le roman de sa vie, ni à rendre heureuse la femme qu’il a épousée. Et la mère Frosea ? Elle aime tant les telenovelas qu’elle en oublierait presque que ce n’est pas ça la vie. Faut dire que les paysages sud-américains font autrement plus rêver que la grisaille des blocs soviétiques. Il y a aussi Oleg Olegovici Liulin ! Un veuf russe en ménage avec une Roumaine. Décidément au royaume de Sasha Kozak, on aura tout vu…
Sasha et sa bande règnent sur les rues de cette capitale sauvage, théâtre des altercations entre russophones et roumanophones. Tant bien que mal, ils traversent un quart de siècle alors que le pays, démembré, s’enfonce dans le chaos après son indépendance.

ISBN 9791095604037

18 € – 14 x 20,5 cm

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Le royaume de Sasha Kozak

de Iulian Ciocan

Traduit du Roumain (Moldavie) par Florica Ciodaru-Courriol

Roman social déjanté

Sur les trottoirs sales de Chișinău, le monde ne tourne plus rond. Octavian Condurache n’arrive à rien. Ni à  écrire le roman de sa vie, ni à rendre heureuse la femme qu’il a épousée. Et la mère Frosea ? Elle aime tant les telenovelas qu’elle en oublierait presque que ce n’est pas ça la vie. Faut dire que les paysages sud-américains font autrement plus rêver que la grisaille des blocs soviétiques. Il y a aussi Oleg Olegovici Liulin ! Un veuf russe en ménage avec une Roumaine. Décidément au royaume de Sasha Kozak, on aura tout vu…
Sasha et sa bande règnent sur les rues de cette capitale sauvage, théâtre des altercations entre russophones et roumanophones. Tant bien que mal, ils traversent un quart de siècle alors que le pays, démembré, s’enfonce dans le chaos après son indépendance.

ISBN 9791095604037

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À cause des lourdes sacoches gavées de courgettes et de pommes de terre, la démarche vive de la mère Frosea ressemblait au déhanchement d’un pingouin. Elle était pressée, elle haletait, la sueur perlait sur son front ridé. Il lui fallait arriver chez elle le plus vite possible. Chaque minute était précieuse. Une voisine la dépassa et lui lança en trottinant :

— Pus vite, pus vite, Frosea, ça va commencer…

Elle en eut des frissons : elle risquait d’arriver en retard ! Elle s’arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle sous un panneau d’affichage sur lequel était inscrit « Perestroika ! Glasnosti ! Demokratizaţia ! », puis reprit sa course éreintante. Un homme, une bouteille de cognac sous le bras, jaillit d’une alimentara, monta dans une voiture et démarra à toute vitesse. Une femme tirait par la main une fillette qui pleurnichait et traînait les pieds, en la sommant de se dépêcher. Une ménagère électrisée hélait du balcon son mari – qui battait les tapis dans la cour – et lui criait de laisser tomber car ça commencerait « d’une minute à l’autre ». Tous les passants se hâtaient de rentrer chez eux. Les rues se vidaient comme au coeur de la nuit.

Lorsque, par un soir pluvieux de l’automne 1988, la mère Frosea avait aperçu dans la petite lucarne les héros de la première telenovela diffusée par la télévision soviétique, elle souffrait d’une terrible rage de dents. Mais l’histoire était si palpitante qu’à la fin de l’épisode, la douleur s’était envolée comme aucun anesthésiant n’aurait su y faire. La mère Frosea n’avait jamais rien vu d’aussi fascinant. Jamais elle n’avait éprouvé un tel bouleversement intérieur devant un film. Elle était émue, comme si un faisceau de lumière parcourait tout son être. Les films soviétiques ne souffraient pas la comparaison. Il restait bien Bollywood – une de ses anciennes passions – mais la telenovela latino-américaine était une tout autre histoire : la musique était plus exubérante, la végétation plus luxuriante, l’atmosphère plus dramatique, les histoires plus authentiques, les relations plus complexes. Très vite, à ces caractéristiques remarquables, s’ajouteraient un suspense mieux entretenu et un dénouement aussi indéfiniment différé qu’imprévisible. Elle éprouvait une pitié immense pour l’esclave Isaura – une jolie jeune fille très sage, opprimée par un cruel latifondiste du nom de Leoncio. Son maître, non content de l’exploiter outrageusement, lui faisait aussi des propositions indécentes ! Mais Isaura avait du caractère et refusait de coucher avec le tyran car elle aimait un homme libre – Tobias – dont Leoncio voulait se débarrasser. Après chaque épisode, la mère Frosea éprouvait le besoin de partager avec ses amies les sentiments dont son coeur débordait. Son implication émotionnelle dans les tourments de ses héros la rendait loquace. Elle retrouvait Viorica Ionovna et Olga Leonovna pour débattre des heures entières du drame d’Isaura. Un parfum d’extraordinaire flottait dans l’air. La ville épuisée par la terrible attente aspirait à la rédemption. Lorsque la mère Frosea finit par arriver près de son bloc, il n’y avait plus âme qui vive au-dehors. Le silence était presque assourdissant. On ne distinguait plus que le couinement d’une balançoire abandonnée par une enfant une minute plus tôt. Saisie d’un mauvais pressentiment, la mère Frosea monta l’escalier quatre à quatre. Ses sacoches pleines, volumineuses, sciaient ses mains calleuses. D’un coup d’épaule, elle ouvrit la porte de l’appartement et se précipita, la tête la première, dégoulinante de sueur, dans l’entrée obscure où s’entassaient chaussures, sandales et bottes datant de diverses époques. Affalé dans son fauteuil, son mari fixait avidement l’écran de la télé. En l’entendant arriver, il l’apostropha :

— Qu’est-ce que t’as à traînasser comme ça, la vieille ? Isaura a commencé !

La mère Frosea eut un pincement au coeur : elle venait de rater de précieux moments de l’histoire dramatique d’Isaura, l’esclave ! Elle éprouva une rancoeur toute nouvelle, jamais ressentie jusque-là, et contempla son époux avec haine. Pourquoi, pensa-t-elle. Pourquoi fallait-il qu’elle soit la seule à faire le marché ? Pourquoi devait-elle porter seule les lourds cabas ? Alors, en entrant dans la pièce elle se rebiffa, pour la première fois.

— Mais dis donc, toi, Vova, tu pourrais pas aider, des fois ? Y a que moi qui dois faire les courses ?
Et son mari en resta comme deux ronds de flan.

Iulian Ciocan

Iulian Ciocan

Auteur

Chișinău, Moldavie

Né en 1968, Iulian Ciocan vit et travaille à Chișinău, la capitale de la Moldavie. Après des études littéraires, il entame une carrière de journaliste et publie des essais critiques. Membre de l’Union des écrivains de  Roumanie et de Moldavie, il connaît un beau succès à l’étranger. Ses écrits ont notamment été traduits en République tchèque et aux États-Unis dans un recueil des meilleures fictions européennes.

Florica Ciodaru-Courriol

Florica Ciodaru-Courriol

Traductrice

Roumanie

Née en Roumanie, Florica Ciodaru-Courriol a été professeure de traduction à l’École normale supérieure de Lyon. Aujourd’hui, elle se consacre entièrement à la traduction ; elle a notamment traduit de grandes voix féminines de la littérature roumaine. Chaque année, elle participe à l’organisation du Festival du premier roman de Chambéry.

Olesea Caus

Olesea Caus

Illustratrice

Moldavie

Olesea Caus est une illustratrice aquarelliste d’origine moldave, qui vit aujourd’hui à Barcelone. Le royaume de Sasha Kozak est le premier roman qu’elle illustre.